Myu sweeties Vivre

Chasse au trésor

12 juillet 2015

– « Nouche (oui chacun son surnom hein ! J’en ai au moins un million !), tu viens on va chercher des framboises ! »

– « Oh oui ! »

Tout excitée, du haut de mes 5 ans, je descends, ma petite main dans celle de ma maman, les escaliers de la cave de mes grands-parents. Une porte, tout en bas, marque le terminus de ce petit trajet. Mon petit chariot en bois, ami de mes amusements jardiniers, est toujours là à m’attendre à toutes les vacances, dans un coin près de la porte. Je suis tout enjouée. Je sais que derrière ce mur, m’attend mon terrain de jeu préféré. Un monde merveilleux où ma curiosité et ma joie de vivre peuvent batifoler et s’émerveiller pendant des heures !

Je me hisse sur la pointe des pieds et j’attrape la poignée. La lumière commence à rentrer et je me précipite dehors. Le grand cerisier auquel pendent des disques accrochés par une ficelle pour faire fuir les merles, trône toujours au milieu du jardin, comme un grand sage surveillant avec bienveillance ce petit monde de secrets cachés. Je fonce tout de suite vers l’arrière du jardin. De grands plants de framboisiers s’y élèvent vers le ciel et me dépassent encore. Je m’enfonce à l’intérieur et je commence à chercher, avec une concentration légèrement frénétique. C’était ma chasse au trésor enfantine : trouver ces petits trésors roses parmi les feuillages verdoyants. Je ne les mangeais même pas, j’adorais simplement jouer à en trouver le plus possible et les rapporter à ma maman qui, elle, en raffolait. C’était un bonheur tellement simple, à un âge où le numérique n’avait aucune place dans ma vie, dans ma tête, mes actes. Un petit bonheur bien réel, qui ne se vivait que quelques jours tous les ans et me rendait toujours heureuse.

Je crois avoir toujours cherché les petites framboises dans le jardin de mon papi, le plus tard possible, jusqu’à ce que mes grands-parents rentrent en maison de retraite. Puis, à mes 17 ans, je suis devenue orpheline du côté grands-parents. J’étais jeune, adolescente et j’ai dû affronter, pendant quelques années, régulièrement la mort de près. C’est tout un quotidien qui s’est effondré, de la culpabilité qui est montée, car à l’adolescence on est souvent préoccupé par nous-mêmes, centrés sur notre nombril et plus égoïstes. J’ai donc moins été présente pour eux et souvent agacée de devoir passer une partie de mon temps de vacances en maison de retraite. Malheureusement, ils sont tous partis durant cette période de ma vie, où nous sommes un peu stupides, perturbés par nos hormones et mal dans notre peau. Je regrette que ça soit arrivé à cette époque, mais on ne revient pas en arrière. La mort est irréparable, immuable…

Alors, aujourd’hui je repense quelquefois aux bons moments passés avec eux, aux petites joies de mon enfance, où j’étais encore insouciante et que j’aimais découvrir tant de choses, que tout pouvait devenir un terrain de jeu et que je pouvais me créer des mondes et des histoires dès que je le souhaitais. Je repense à l’accent auvergnat de ma grand-mère, qui roulait tellement les « r » qu’on ne pouvait s’empêcher de l’imiter et de rire avec mon père, à son émission « Amour gloire et beauté » qu’elle regardait tous les après-midi pour finir par s’endormir devant, et à ses quelques pièces qu’elle me donnait pour aller m’acheter des jeux à gratter qu’on faisait toutes les deux. Je repense aux coquillettes au beurre de ma mamie, à sa soupe de carottes et son sirop de cassis que j’aimais tant. A son paquet de bonbons et mes 20€ qui m’attendaient toujours quand je venais et nos parties de jeu où elle se désolait lorsqu’elle n’arrivait pas à me faire gagner. Je repense aux balades dans la belle ville de Dijon et aux dessins animés qu’elle me laissait regarder tous les matins alors qu’ils m’étaient interdits en temps normal. Au jardin de mon papi dans lequel je passais des heures, à ses patates qu’il fallait chercher dans la terre, à ses mots-croisés qu’il faisait tous les matins. Et surtout, je repense à ma chasse aux framboises…

Alors, lorsque nous sommes partis avec des amis dans les Hautes-Alpes, et que dans le jardin de la maison de famille, se trouvaient des plants de framboises, je n’ai eu de cesse que d’y courir chaque soir. Et je me suis revue enfant, traquant la moindre petite tâche rose dans ce décor vert. Et pour les trouver toutes, il faut savoir rapetisser à nouveau, ne pas simplement rester avec notre point de vue d’adulte, dominant ce qu’il voit, il faut savoir se baisser, redevenir quelques instants un enfant. C’est là qu’on se rend compte qu’un autre monde existe. Ou devrais-je dire, existe toujours. Parce qu’il a toujours été là, c’est simplement nous qui l’oublions, avec le temps. Un monde, où plein d’autres framboises se cachent, à l’ombre de nos années passées, poussant dans le berceau de nos rêves enfantins, à l’abri des regards raisonnables. Dans ce petit jardin d’un petit village perdu au milieu des montagnes, j’ai goûté les meilleures framboises de ma vie. Des framboises au goût de l’enfance, à la saveur de mes souvenirs de chasse au trésor, dans les plants de framboisiers de mon papi…

A mes grands-parents

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2 Comments

  • Reply Sarah 13 juillet 2015 at 20 h 08 min

    Très joli ! Bel hommage !

    • Reply Melle Myu 21 juillet 2015 at 13 h 04 min

      Merci beaucoup Sarah ! ♥

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