Myu sweeties Vivre

Fantasmes vagabonds

21 mars 2016
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Envolée de la pensée.

Lyrisme psychique.

Voyages imaginaires.

« Tenir la lune entre mes mains. Te l’offrir et te dire de partir avec moi, bien loin. De tout, du rien. De l’ennui, de l’oubli, et des mots interdits. On pourra tout se dire au lieu de se l’écrire. S’envoler sur des comètes, éclairés par notre lune. Guide au milieu des étoiles et des mystérieuses planètes. On s’en ira, on perdra la tête. On s’aimera à l’ivresse, on fera la fête. Toi près de moi, le ciel sous nos pas. On s’en ira.»

Fermer les yeux. Ancrer ses deux pieds dans le sol. Une douce musique dans les oreilles. Et partir voyager. Laisser son esprit danser dans des contrées imaginaires, dans des contrées fantasmées. Imaginer les sensations jusqu’à ce qu’on est l’impression de les ressentir réellement. Je les touche, je les sens au bout de mes doigts, sur ma peau. Du blé, le soleil, un corps, le vent, un fruit, des lèvres. Ses lèvres… Je ferme les yeux.

Elles sont charnues, douces, je les sens contre les miennes, chaudes. Elles ont un parfum : sensualité. D’abord timides, légèrement tremblantes, fébriles comme lors d’un premier baiser tant attendu. Sensation si excitante, si puissante, si bien qu’autour plus rien n’existe, plus rien n’a d’importance. Seul ce baiser compte, seule cette fusion des lèvres obsède. Elles se regardent, s’apprivoisent, se découvrent, un peu craintives, un peu maladroites. Puis la pression est plus forte, plus intense, l’envie monte. Je les savoure, elles ont le goût du désir, de l’interdit, du péché. J’ai envie de mordre dedans. Je ferme les yeux.

C’est dans une fraise juteuse que je croque, avec son odeur de printemps. Je me retrouve sur ce marché de mon enfance que j’aime tant, un de mes endroits « sécures ». Je suis en robe légère, fluide. Je la sens me caresser la cuisse au rythme de la légère brise. J’entends l’agitation des beaux jours, je me remplis les yeux de toutes ces belles couleurs étalées. Je me gorge de toutes ces saveurs suspendues dans l’air. J’essaye de garder en moi le souvenir de cette dégustation olfactive. Je reprends une fraise rouge passion, un sourire aux lèvres. Je laisse son jus sucré, premier goût de la vie que j’ai pu savourer, les yeux encore à peine ouverts, couler sur ma langue, en me concentrant uniquement sur cette sensation. Je ferme les yeux, comme ce nourrisson que j’ai été, voyant à peine mais ressentant intensément, pour me rappeler cette lointaine saveur que ma mémoire n’a pas oubliée. Je ferme les yeux.

Je m’allonge dans l’herbe, elle me chatouille la joue doucement. Je me sens bien. Sereine. Je ne pense qu’à la sensation agréable que cela me procure. La terre est un peu humide, et dégage cette odeur pure que l’on ne trouve que dans la nature encore préservée du besoin de domination de l’homme. Le ciel est grand et bleu, et lorsque je lève les bras, j’ai l’impression qu’ils se baignent dedans. J’attrape les nuages de coton entre mes doigts. Petits moutons de la prairie bleue, heureux de gambader dans cette vaste étendue. Je ferme les yeux.

Je cours vers le soleil couchant. Le sable est chaud sous mes pieds, les embruns de l’océan me mouillent le visage. Autour de moi, des chevaux, noirs de jais, libres, indomptables. Aucune emprise de l’homme, seule leur nature sauvage anime leur être. Il n’y a aucune limite à leur course, à leur chevauchée. Aucune fin, aucun début. Je ressens tout mon corps comme si c’était la première fois qu’il m’enveloppait. Je ressens profondément chacun des mouvements qui m’entraînent dans cette course effrénée, et j’ai l’impression de vivre puissamment. Notre envolée commune continue jusqu’à ce dernier saut dans le soleil ; impression de délivrance corporelle. Liberté folle. Je ferme les yeux.

Mes mains jouent dans les rayons de lumière. Je les laisse danser à travers ces fils de poussière dorée qui se sont faufilés entre les persiennes de ma fenêtre. Comme une impression de me retrouver en Asie, d’être cette célèbre jeune fille d’un amant aux yeux comme des larmes penchées. D’entendre les bruits d’un autre pays que je ne connais pas encore. Je les crée, je les invente, comme j’aimerais qu’ils soient. Je suis nue, des draps en soie glissant sur ma peau que j’imagine parfaite, un corps aux formes de mes rêves, aux imperfections estompées d’un coup de pinceau. Je redessine mon enveloppe charnelle, je la façonne à partir de mon modèle idéal. Je me sens belle. J’essaye d’amener cette sensation dans mon cœur, tout en essayant de lui faire comprendre qu’aux yeux de beaucoup, je n’ai pas besoin de me changer pour être belle. J’essaye de lui apprendre à ne pas seulement envier les autres, à ne pas trouver la majorité des femmes plus belles que moi. Et même une fois les yeux ouverts, à garder en lui ce sentiment d’amour pour lui-même que nous venons d’éprouver. Je ferme les yeux encore un peu.

Un sourire. Un regard. Il me trouve belle. Je ris aux éclats. Mon sourire est plus vrai que jamais. Et à cet instant précis, je sens que je m’aime aussi. Sans avoir à inspecter mon reflet pour tenter, souvent en échouant, d’y déceler un soupçon de beauté. Là, je ne m’inflige aucun torture, mon miroir c’est lui et c’est un magnifique reflet qui m’est renvoyé, sans douleur, sans doute, sans regard scarifié. C’est simplement beau. Je me vois dans ses yeux, je me vois dans son amour. Je le sais, je suis belle pour une personne à cet instant. Cet instant. Je ris encore, je me sens heureuse, comme un goût de bonheur. Je bois la vie, comme un vin doux et sucré qui coule dans la bouche. Elle a ce goût extraordinaire d’espoir, de lendemains plus heureux et de regrets moins douloureux. Elle a ce goût de bonheur simple, comme un premier morceau de chocolat dans lequel on croque, une première fraise que l’on déguste, l’odeur de la terre mouillée après une averse, un bon livre que l’on termine, un fou rire avec les gens qu’on aime, une bonne odeur qui nous replonge en enfance, l’excitation d’un voyage, une musique qui donne envie de danser, la chaleur d’un soleil de printemps, la douceur d’une petite brise de bord de mer, le ronron d’un chat heureux, l’émotion face à une œuvre d’art qui nous transporte, la légèreté d’une comédie romantique, un sourire plein de vie. Elle a le goût d’un premier baiser tant attendu… J’ouvre les yeux.

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