Myu sweeties Vivre

Mes « mains oiseau »

4 mai 2015

Comptine d’un autre été – Amélie Poulain, Yann Tiersen

Mettez cette musique en même temps, elle est elle aussi ce souvenir…

Dans l’ombre de mon être, se dessine les contours de mon visage, un visage qui n’a pas d’âge, un visage intemporel qui a traversé les années, et qui s’est seulement allongé. Ce visage encore enfant, déjà adulte. Ce visage d’antan, ce visage présent. Je suis la Hélène de 5 ans, je suis la Hélène de 20 ans, je suis la Hélène d’avant et de maintenant. Je suis une ombre chinoise bercée au gré du vent des années.

Je me souviens, enfant, je jouais souvent à faire des ombres chinoises sur mon mur. Je prenais une lampe de poche, je dirigeais son faisceau lumineux vers un coin de ma chambre et j’inventais : du lion au lapin, de l’oiseau au crocodile, je me racontais des histoires dans la pénombre. Un monde merveilleux créé de mes petites mains d’enfant se dessinait dans cette lumière artificielle. Et ces petites mains de petite fille adoraient se muer en oiseau. J’avais des « mains oiseau », et elles s’envolaient haut dans le ciel de mon univers. Et je dansais, m’amusant de ce corps d’ombre fait de lumière, sans détail, aux allures de double mystérieux. Je regardais mon corps s’allonger, devenir si grand qu’il pouvait toucher le plafond, alors je grandissais encore plus mes bras, plus haut, pour voir jusqu’où elle pouvait voler cette ombre de géante ! Avec ses bras comme des ailes d’oiseau. Et puis, je me rapprochais d’elle, je la touchais, comme si elle était autre que mienne. Elle était jolie cette ombre. Elle n’avait pas peur, elle n’avait pas de défaut, elle n’avait pas mal, elle se tenait là simplement, preuve de la représentation de mon être. Preuve que je n’étais pas transparente. Parfois elle disparaissait, mais je savais que je pouvais la retrouver sur ce mur, dans mon monde, avec ma petite lampe. J’étais mon ombre chinoise d’enfant, avec mes rêves, mes peurs et mes joies, mes jeux d’enfants innocents, mon corps de petite fille et mes « mains oiseau ».

Parfois, maintenant, j’aimerais être un oiseau. Un bel oiseau aux couleurs imaginaires, avec de grandes ailes qui pourraient enlacer le ciel. Pour pouvoir m’envoler loin vers d’autres pays, voler au-dessus de tout et m’approcher plus près du soleil. Je plongerais dans les nuages, je défierais le ciel tourmenté, je sillonnerais les rayons de soleil, je glisserais dans le vent… Et je reviendrais dire bonjour à cette petite fille de 5 ans, avec ses rêves d’enfant qui voulait être grand et qui se demandait ce que c’était qu’avoir 20 ans. J’aimerais revenir jouer avec elle dans la pénombre de sa chambre de petite fille, grandir nos deux corps pour qu’ils s’envolent très très haut, inventer des histoires jusqu’à tard le soir et mêler nos « mains oiseau » pour façonner un grand oiseau aux reflets imaginaires et aux plumes d’ivoires. Il s’envolerait près du soleil, vers d’autres mondes que l’on crayonnerait de nos esprits, chimères d’une vie qui ne se trouve que dans les rêves. Il s’envolerait, oiseau d’ombre du passé, du présent et du futur. Oiseau d’ombre de tous les temps, telle une ombre chinoise bercée au gré du vent.

Aujourd’hui, dans mon ombre chinoise d’Hélène de bientôt 22 ans, j’ai retrouvé la Hélène de 5 ans que j’avais oubliée. Elle est revenue, comme un lointain songe du passé, se dessiner dans ma mémoire écorchée par les années. Debout devant moi, souvenir abandonné, ombre d’une enfance délaissée. Elle était là, fantôme de cette vie perdue dans les limbes de mon cœur. Je me suis approchée, et je l’ai serrée contre moi, je lui ai dit que maintenant, plus jamais je ne l’oublierai. Et cette ombre chinoise de petite fille s’est déployée en bel oiseau que j’ai à nouveau accueilli en moi avec tendresse.

Dans mon ombre chinoise, je suis une une jeune femme de presque 22 ans. Mais maintenant, dans cette ombre, je suis aussi à nouveau cette petite fille de 5 ans. Et Nous sommes maintenant des ombres chinoises bercées au gré du vent des années.

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*

J’ai écrit ce texte avec beaucoup d’émotion. C’est en faisant ces photos que ce souvenir de moi enfant m’est revenu. Souvenir perdu. Cette chambre, cette lampe, ces jeux d’ombre chinoise et en moi, il s’est passé quelque chose. Comme si j’avais revu un être cher que j’avais perdu de vue depuis bien longtemps. Trop longtemps. Dans ma tête c’était comme si un vieux film enregistré sur cassette, qui tremble un peu, qui est un peu délavé, se mettait à défiler. Et j’ai pu revivre ce souvenir. J’ai retrouvé cette petite fille de 5 ans qui faisait les mêmes jeux que moi maintenant. Je lui ai pris la main pour recommencer ensemble, à façonner des ombres, des ombres avec nos « mains oiseau ».

Je vous embrasse, émue.

Myu ♥

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2 Comments

  • Reply Marion Paillettes 4 mai 2015 at 19 h 04 min

    Une âme ancienne dans un corps de poupée … Je vois en toi tellement à la fois de joie et de mélancolie que j’ai l’impression que ton âme a vécu beaucoup beaucoup de choses comme d’un autre siècle … Encore une fois je suis touchée par tes mots je t’embrasse fort

    • Reply Melle Myu 5 mai 2015 at 0 h 10 min

      Ton commentaire me touche beaucoup ma wedding… Surtout que ce genre de sujets me plaisent beaucoup et que si je devais me retrouver en phase avec une façon de penser, ce serait bien celle des bouddhistes et la réincarnation. Donc c’est à mes yeux un très beau compliment <3
      Et oui, je suis un mélange de joie et de mélancolie, tu as vu juste 🙂

      Je t'embrasse de toutes mes forces <3

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